L’éthique du hacker contre le pirate : construire et innover plutôt que de détruire.

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Comprendre la démarche du Hackathon

par Sébastien Letélié, Hacker professionnel, entrepreneur en santé, innovateur technologique et leader européen du mouvement Hacking Health et Pascal Desfarges, directeur de Retiss

Depuis 4 ans maintenant sont organisés des Hackathons chez Hacking Health Camp. Ce mouvement à pour but d’apporter l’innovation en santé en créant des espaces collaboratifs entre professionnels de santé, patients, acteurs du numérique et de l’innovation et toutes les partie prenantes du domaine. Les organisateurs ont la conviction que cette approche collaborative qui prend en compte les problématiques de terrain est la meilleure pour faire améliorer les pratiques de soins et la vie des patients.

Pourtant la démarche du hackathon est parfois mal comprise. L’objectif est d’éclairer sur les fondamentaux de ce type d’événement tel qu’ils sont vus chez Hacking Health Camp.

Le hacker porte des valeurs et une culture et se différencie du pirate dans le principe du détournement des technologies pour favoriser la création, la construction d’usages innovants et ceci dans une logique du partage. Innover, dans le secteur de la santé peut passer par l’organisation de « Hackatons » : Fusion des termes hacker et marathon, un hackathon est un marathon de co-création en équipe pluridisciplinaire dont l’objectif est de trouver une solution concrète à un problème en utilisant le principe du « hacking ». Hacker, c’est détourner : Utiliser un objet ou une technologie et le dévier de son usage pour en faire émerger un nouveau. Le principe fondamental du hacking est de montrer qu’il est possible de trouver des solutions simples en expérimentant des possibles, le tout dans une logique de partage et de collaboration entre les acteurs de la santé.

Tous les acteurs de la santé peuvent devenir hackers : une culture du prototype

Hacker la santé, c’est reposer sur un mode collaboratif et contributif les questions quotidiennes, les usages, les lieux, les outils dans leur efficience et leur viabilité en expérimentant concrètement les choses sur la base des savoir-faire existant et des expériences de chacun.

L’innovation est ici le produit de l’intelligence et de l’imagination collective où tous les acteurs peuvent participer avec leurs points de vue, leurs spécificités, leurs compétences pour prototyper une solution innovante. Le chirurgien, l’infirmière, le médecin, le sociologue, l’ergonome, l’administrateur, l’informaticien, le designer, et même le patient sont ainsi investis pour remixer, détourner et hybrider une problématique concrète et trouver une réponse viable et applicable à travers un prototype inédit et une expérimentation. L’hybridation des points de vue et la transdisciplinarité sont ici au cœur d’un processus d’innovation ouvert et horizontal où tout le monde est acteur et responsabilisé.

A titre d’exemple, dans la série « The Knick » qui raconte l’histoire d’un hôpital et de son équipe médicale au début des années 1900 à NYC, à l’époque, au bloc opératoire, l’outillage est rustique et les moyens faibles et les chirurgiens doivent faire preuve d’imagination pour sauver des vies. Il est ainsi montré comment l’outil pour aspirer le sang lors d’une intervention et permettre ainsi de retransfuser le patient avec son sang est une pompe à main. Plus communément appelé RPSO (récupération de sang périopératoire, ceci nécessite une personne dédiée au bloc et n’est pas pratique. Dans l’un des épisodes, un chirurgien rencontre un vendeur d’aspirateur et il lui vient alors l’idée de détourner cet objet pour inventer le premier RSPO automatique. Un chirurgien et un vendeur d’aspirateur (nouvelle technologie de l’époque) vont ainsi générer un outil aujourd’hui universel dans un bloc opératoire.

Un hackathon ne crée pas des startups mais une communauté de makers de la santé

Il ne faut pas attendre d’un hackathon qu’il entraîne automatiquement la création de startups à succès. Ce n’est pas en un week-end que se construit l’équipe qui va travailler ensemble les 10 prochaines années et une solution ne trouve pas son marché en 2 jours. En revanche, c’est un excellent point de départ pour l’aventure entrepreneuriale. Le principe de partir des problèmes de terrain remontés par des acteurs partie prenante du hackathon assure de mettre en œuvre des solutions pertinentes. C’est tout le travail d’un entrepreneur : chercher un modèle économique viable et l’exécuter.

Un hackathon est d’abord un lieu de collaboration, de rencontres et d’apprentissage par l’action au- delà des démarches individuelles. Il doit pouvoir faire émerger une communauté active de makers de la santé partageant les mêmes méthodes, ressources et idées pour designer la santé autrement. Cette notion de communauté collaborative n’empêche nullement les projets individuels mais s’appuie sur une culture commune de l’innovation et du partage.

Une idée n’existe que parce qu’on la réalise et qu’on la confronte à plusieurs points de vue

L’objectif d’un hackaton ne s’arrête pas à l’idée. L’enjeu premier est d’intégrer une méthodologie, une démarche permettant de développer concrètement, autour des usages, le prototypage d’un projet, d’une idée et d’une pratique. Tout le monde peut avoir l’idée d’Uber ou de Blablacar sur la base du principe du réseau distribué, mais seuls ceux qui génèrent des solutions concrètes seront finalement les véritables détenteurs de ces idées. La question de la propriété intellectuelle est dans un premier temps une fausse question. La véritable problématique est comment s’approprier une idée en la construisant, en la développant, en subissant des échecs, en la confrontant à de multiples points de vue et contradictions pour finalement lui donner réellement corps.

Pour faire simple, les gens ne s’intéressent pas aux différentes idées. Ce qui les intéresse c’est d’avoir des solutions à leurs problèmes et c’est là le principal objectif d’un hackathon. Ceux qui réussissent à créer des services rentables sont ceux qui s’intéressent aux problèmes des gens en leur offrant le meilleur service possible. La question de la propriété intellectuelle devient importante dès lors qu’un modèle économique viable émerge d’une expérimentation et que la solution mise en œuvre est reproductible et peut être protégée. Cela prend du temps et ce n’est pas lors d’un hackathon que cela se passe mais bien après, ce qui laisse tout le temps de se préparer pour protéger son travail.

Il est important aussi de souligner que les grands groupes qui participent, organisent ou contribuent à des hackatons n’ont aucune volonté de reprendre les idées à leur compte.

L’aboutissement d’une idée est beaucoup moins lié aux moyens pour la mettre en œuvre que la volonté et le courage de l’équipe de la réaliser. En bref, un grand groupe a des moyens mais pas l’agilité ni la motivation d’équipe interne pour la réaliser. D’où la nécessité de s’allier à des équipes externes pour les soutenir et les accompagner.

Un hackathon est un parcours pédagogique, jonché de rencontres permettant à chacun de trouver sa place dans une équipe et de comprendre les problématiques d’un domaine (ici, la santé). C’est une étape indispensable pour évaluer une idée et façonner les premières briques de solutions qui permettront ensuite de se lancer dans l’aventure entrepreneuriale.

Cette année, le Hacking Health Camp est éligible à la formation professionnelle car c’est fondamentalement plus une nouvelle manière de se former. Tant par l’action que la collaboration.

La viabilité du modèle Hacking Health est de mettre en œuvre un hackathon où toutes les parties prenantes en santé sont présentes, et où tous les porteurs de projets sont soumis aux mêmes règles sur un pied d’égalité. Bien sûr, certains sont mieux préparés que d’autres, comme dans toute compétition, mais au final, les seuls vainqueurs sont ceux qui ont le courage d’aller au bout de leurs idées.

Crédit Photo source http://techmeetups.com/event/techmeetups-london-hackathon-mobile-apps-tmuhack/

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