L’intelligence artificielle fait désormais partie de notre quotidien, parfois sans même que nous nous en rendions compte. Assistants conversationnels, outils de recherche, traduction, retouche photo ou encore aide à la rédaction : ces technologies peuvent nous faire gagner du temps et nous simplifier la vie. Mais faut-il encore savoir leur parler et comprendre leurs limites. Bonne nouvelle : pas besoin d’être expert en informatique pour utiliser l’IA ! Quelques réflexes simples permettent de lui poser les bonnes questions, d’obtenir des réponses plus pertinentes et surtout de garder la main sur ce que l’on en fait. Gabriel DABI-SCHWEBEL, fondateur de DécisionIA, qui a formé plus de 1 000 professionnels à l’IA, donne ses conseils pour tirer le meilleur de cette nouvelle technologie.
1. Ne plus « prompter », mais converser
La formule parfaite n’existe pas. Un bon résultat se construit en plusieurs échanges, comme avec un collègue : on explique, il propose, on corrige, il reprend. Face à une réponse moyenne, il est préférable de ne pas recommencer à zéro avec une formule plus savante. Mieux vaut dire ce qui ne va pas, et continuer la discussion.
2. D’abord dire où on veut aller
Avant toute demande, il est nécessaire de poser trois choses : ce qu’on veut obtenir, pour qui, et à quoi on reconnaîtra que c’est réussi. « Écris une lettre de réclamation » donne un courrier passe-partout. « Mon vol a été annulé il y a un mois, la compagnie ne répond pas. Je veux une lettre courtoise mais ferme, qui rappelle mes droits et obtienne le remboursement » donne une lettre qui peut être envoyée le jour même.
3. Se mettre d’accord sur la méthode avant de produire
Les pros ne réclament pas tout de suite le livrable. Une semaine en Italie avec deux enfants et un budget serré se prépare ? L’une des astuces est de demander en premier lieu : « Comment t’y prendrais-tu pour construire l’itinéraire ? Par quoi commencerais-tu ? Où sont les pièges ? » Puis de corriger le plan proposé : nous savons que les enfants ne tiennent pas trois heures de voiture, l’IA non. Nous restons l’expert de notre vie, c’est donc nous qui validons la démarche. Dix minutes passées à cette étape évitent une heure de retouches.
4. Donner un contexte
Une IA sans contexte écrit pour tout le monde, donc pour personne. Si l’on veut rédiger un discours pour le mariage de notre sœur par exemple, voici quelques conseils : donner les prénoms, trois souvenirs d’enfance, l’humour de la famille, la durée souhaitée, et un ou deux textes déjà écrits pour que l’IA adopte le style du rédacteur. Le résultat n’aura plus rien d’un modèle trouvé sur internet. Ces éléments peuvent être utiles à garder : ils sont susceptibles de servir à nouveau. Et si on ne sait pas quoi lui donner, dans ce cas, il faut lui demander de quoi elle a besoin.
5. Laisser l’IA poser les questions
Socrate, fils de sage-femme, appelait sa méthode la maïeutique : l’art de faire « accoucher » les idées de son interlocuteur en le questionnant. C’est l’usage le plus sous-estimé de l’IA. Un conseil pour quelqu’un qui hésite à changer de métier ? Essayer : « Pose-moi une à une les questions nécessaires pour comprendre ma situation, avant de me conseiller quoi que ce soit. » Des idées présentes dans la tête de la personne, sans même qu’elle les ait formulées, émergeront. On ne demande pas à l’IA de penser à notre place, on lui demande de nous faire penser.
6. Lui parler au lieu de lui écrire
La plupart des assistants acceptent la dictée vocale. Il ne faut pas hésiter à s’en servir ! Un conseil sera de raconter à l’IA notre projet de rénovation de cuisine comme on le raconterait à un ami. On parle environ trois fois plus vite qu’on ne tape : on donne donc plus de contexte, on nuance, on se reprend, et chacune de ces hésitations indique à l’IA ce qui compte pour nous. Parler oblige aussi à formuler sa pensée, et c’est souvent en expliquant son problème à voix haute qu’on comprend ce qu’on cherche.
7. Exiger le document fini, puis faire reprendre
Un conseil consiste à ne pas se contenter d’un paragraphe à copier-coller. La bonne attitude à adopter ? Demander le document complet et mis en forme : le tableau du budget des travaux, le courrier au syndic, le diaporama pour l’assemblée générale d’une association. Puis il s’agira de relire le document en se plaçant dans la peau d’un patron : qu’est-ce qui est faux, flou, trop long ? L’utilisateur devra demander d’où viennent les chiffres, vérifier les sources, faire reprendre autant de fois que nécessaire. Le temps passé à aligner des zones de texte sera ainsi réduit, au profit d’un jugement plus poussé sur le résultat obtenu. L’IA propose, l’utilisateur décide.
En résumé
En 2022, on cherchait la bonne formule en utilisant un outil d’IA. Fin 2026, il s’agit davantage de mener une conversation : un objectif clair, une méthode discutée, un contexte riche, des questions qui font réfléchir et un regard exigeant sur le résultat. Aucune compétence technique n’est requise. Il suffit de traiter l’IA comme un collaborateur qu’on briefe, et plus comme un moteur de recherche. A tester sans modération sur des documents qui, de toute façon, devaient être produits !







