Rapport Fabernovel : les géants du numérique toujours plus grands

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Grands vainqueurs du confinement : les GAFA

Les GAFA ont profité du cœur de la crise pour engendrer des résultats records. Avec le redémarrage de l’économie, sur fond d’incertitude sanitaire et de régulation, ces géants continuent toujours de croître.

Au cours de ce deuxième trimestre 2021, le secteur des technologies accentue son avance tant d’un point de vue opérationnel qu’en termes de valorisation. Grâce notamment aux géants américains qui ont accru leur domination sur les acteurs asiatiques, pénalisés par les nouvelles régulations gouvernementales.  Ils ont continué à prouver leur capacité d’innovation, soutenue par un fort pouvoir de maintien voire de revalorisation des prix des produits et services” explique en préambule Axelle Ricour-Dumas, directrice stratégie corporate chez Fabernovel. “Nous constatons en parallèle une tendance structurante qui s’accélère encore, l’innovation n’étant pas seulement portée par les grands acteurs technologiques, mais aussi par des groupes historiques qui ont progressivement adopté des briques stratégiques des modèles GAFA. Nous sommes convaincus d’être à une période charnière pour ces entreprises traditionnelles qui doivent continuer à faire naître l’innovation pour réduire l’écart”.

Dans le top  : Apple confirme sa position dominante dans le secteur des produits électroniques

Apple confirme sa position dominante dans le secteur des produits électroniques en concrétisant les trois meilleurs trimestres de son histoire et en dépassant les attentes des analystes. L’entreprise fait 36% de croissance de son chiffre d’affaires au second trimestre par rapport à l’année précédente. Mais l’ombre de la régulation et de la pénurie de composants électroniques plane sur le géant à la pomme” explique Pierre Gonnet, analyste Fabernovel et co-auteur de l’étude GAFAnomics Quarterly.

Apple est un parfait exemple de société ayant su s’imposer avant, pendant et à l’orée espérée de la fin de la pandémie du Covid-19, et cette performance s’explique par une croissance forte des ventes de ses produits clés comme l’iPhone qui génère près de 40 milliards de dollars de ventes, et qui enregistre une croissance de près de 50% comparé à l’année précédente. La pénurie de semi-conducteurs dans le monde est un enjeu que l’entreprise devra surveiller aux prochains trimestres.

Le géant à la pomme réussit également sur ses activités de services qui sont liées aux commissions (allant de 15 à 30%) appliquées aux revenus générés par les différentes applications présentes sur son store. Ce segment de revenus a en effet enregistré une croissance de près de 33% par rapport à l’année précédente, représentant une manne de 17,5 milliards de dollars. Apple devra relever le défi de ses méthodes jugées anticoncurrentielles de par le monde, la Corée du Sud est d’ailleurs le premier pays à demander aux plateformes d’applications d’ouvrir des alternatives à leurs offres de paiement intégrées (en savoir plus en lisant la note de Fabernovel “Régulation Sud-Coréenne sur le paiement des géants du numérique : vers un consensus mondial ?

Dans le flop : Tencent touché mais pas coulé 

Tencent a été fortement impacté par le mouvement de la régulation chinoise. Bien que l’entreprise soit toujours en croissance avec une hausse de 24% de ses revenus, sa valeur boursière a chuté de plus de 24% ce trimestre, révélant la crainte des investisseurs sur la tournure réglementaire que prend le gouvernement chinois. En effet, la Chine a décidé de sévir par des amendes records mais aussi par un renforcement de sa régulation autour de nouvelles lois notamment avec la loi de sécurité des données applicable dès le 1er septembre, et la Personal Information Protection Law (PIPL) qui entre en application dès le 1er novembre. Avec un objectif : renforcer le contrôle sur les géants du numérique et en réguler leurs pratiques anticoncurrentielles. Les grandes lignes sont définies dans ces lois, mais il est attendu des précisions dans de prochaines mises à jour cristallisant la crainte des investisseurs et impactant directement la valorisation de Tencent ce trimestre.

La surprise : Snapchat commence à se tailler une part du duopole de la publicité Facebook/Google

Snapchat a créé la surprise ce trimestre, en voulant se tailler une part du duopole de la publicité Facebook/Google. L’entreprise a réalisé 116% de croissance de ses revenus par rapport à l’année précédente (dépassant de 16% les attentes des analystes), et a fait bondir de 13 millions son nombre d’utilisateurs actifs quotidien. Son action a aussi grimpé de 43%.

Cette croissance peut s’expliquer par un rebond du marché, par un regain de confiance des investisseurs dans les business model de la publicité et par un engagement et une pénétration toujours plus forte de Snap Inc. dans son marché. Mais aussi par un contexte dans lequel Facebook et Google se partagent la part du lion, représentant entre 75 et 80% du marché de la publicité en ligne et amène les clients à trouver des solutions pour réduire leur dépendance à ce duopole. De plus, Snapchat a su développer son modèle et a réussi à croître en allant chercher des parts de marché en dehors de l’Europe et l’Amérique du Nord. L’entreprise continue également à innover en lançant de nouveaux formats de réalité virtuelle permettant aux marques de mieux rayonner et faire grimper, in fine, le revenu moyen par utilisateur de l’application de 22% par rapport au trimestre précédent (de 2,74 à 3,35 dollars).

Les entreprises traditionnelles et les startups se lancent dans les modèles économiques des GAFA

Si les GAFA battent de nouveaux records, une tendance structurante prend de l’ampleur avec des acteurs “traditionnels” réussissant à se différencier grâce aux effets de la transformation numérique menée ces dernières années. Des groupes comme LVMH, Nike, Walmart ou The Walt Disney Company, mis en avant dans cette étude, ont pu profiter de la reprise au premier semestre et combler le fossé en pivotant vers de nouveaux modèles souvent inspirés des GAFA. Les résultats nets de ces entreprises ont ainsi, d’une année à l’autre sur le premier semestre, tous fait des performances remarquables avec +913% pour LVMH, 96% pour Walt Disney Company, +79% pour Walmart, +12% pour Nike.

LVMH a su profiter d’une reprise de certains métiers clés comme le cuir et la mode mais aussi d’une accélération des ventes directes et du déploiement de nouvelles expériences et services. Plus largement c’est le fruit d’une remarquable stratégie d’innovation sur les leviers technologie, marketing et culturel. Avec le projet DARE, LVMH a initié un programme pour favoriser l’innovation interne et s’assurer qu’elle fait émerger de nouvelles sources de revenus. Ce programme implique 60 participants internationaux issus des 40 marques du groupe dont les dernières initiatives en date : un prototype de sac utilisant un écran numérique appelé « Canvas of the future » et une plateforme de revente en ligne des chutes de tissus et de cuir, « Nona Source ». Le groupe LVMH sait aussi s’allier avec des géants, notamment Google Cloud pour développer des modèles de prévisions des ventes, d’optimisation des stocks et des expériences personnalisées. Enfin, LVMH ne s’impose pas de limite pour réussir à toucher la génération Z en développant le jeu “Louis The Game” qui permet à l’utilisateur de découvrir l’histoire du groupe et de collecter pendant le parcours des œuvres numériques (NFT). Ce jeu, téléchargé plus de 500,000 fois, illustre également la capacité d’innovation du groupe en marketing digital et expérience client.

The Walt Disney Company a réussi à innover et lancer Disney+ dans une période très favorable (plein covid) en menant une stratégie D2C (Direct to Consumers) pour acquérir en 2 ans la moitié du nombre d’abonnés Netflix. En effet, si le contenu de Disney a toujours été distribué par des tiers, avec Disney+, la société propose son contenu en direct en capitalisant sur sa forte image historique et se positionnant comme complémentaire au leader du marché Netflix. Avec cette stratégie innovante, l’entreprise reprend la main sur la connaissance de ses clients et adopte un modèle de revenus récurrents plus résilient.  Le succès de Disney sur un an ne repose ainsi plus sur la performance unique de quelques blockbusters mais sur l’évolution et la cohérence de son bouquet global de contenus.

Si les grands groupes accélèrent sur leur innovation interne, les nouveaux acteurs numériques représentent aussi un vivier d’innovation pour créer de la valeur et se réinventer face aux géants du numérique.  La bonne nouvelle ? L’écosystème de startups en Europe continue sa dynamique positive avec un regain d’intérêt des investisseurs poussé par l’accélération de tendances structurantes liées au numérique pendant le Covid et la capacité de certaines startups européennes à tirer leur épingle du jeu sur cette période.
Les chiffres parlent d’eux mêmes :  les levées en Europe sur les startups les plus matures ont augmenté de 466% par rapport à l’année précédente avec l’e-commerce, la fintech, e-santé et l’IA en tête. Le nombre de licornes explose aussi en Europe, qui en détient près de 20% du total, soit 52 pépites valorisées à plus d’un milliard de dollars. Les startups françaises ont levé 4,7 milliards d’euros au travers de 400 opérations, enregistrant une croissance de 74% en valeur et 24% en volume par rapport à 2020. C’est d’ailleurs la première fois dans l’histoire du marché français que plus d’1 milliard d’euros ont été levés tous les mois du dernier trimestre : 1,4 Md€ en mai, 1,7 Md€ en juin et 1,6 Md€ en juillet.

Alors que les news kids in the block grandissent en Europe, il sera intéressant de trouver des synergies avec les grands groupes « traditionnels » pour continuer d’accélérer l’innovation, de donner une chance à ce nouvel écosystème de grandir et de proposer des alternatives aux géants du numérique.

5 cas d’acquisitions stratégiques en 2024 imaginés par Fabernovel

Il existe plusieurs stratégies d’acquisitions, les géants s’adonnant souvent à des stratégies défensives avec de la consolidation en rachetant des acteurs identiques à leurs marchés. Dans cette nouvelle économie, et pour que le tissu tech européen se développe, les entreprises traditionnelles et startups devront trouver des modèles de collaboration et de création de valeur innovantes pour décupler leurs impacts. En 2024, nous faisons le pari que ce type d’acquisitions innovantes sera monnaie courante et nous vous proposons d’imaginer ce que serait un mariage entre entreprises du CAC40 et Next 40 d’horizons différents” anticipe Cyril Vart, Vice-Executive Président de Fabernovel.

Bienvenue donc en 2024

Accor et Care : après s’être diversifié dans le coworking, Accor se lance dans le secteur de la santé.  En combinant le meilleur de Qare en ligne et des pratiques Accor hors ligne, les possibilités autour des cliniques hôtelières et l’hospitalité médicale qui y sont associées offrent de nouveaux horizons d’innovation pour le groupe d’hospitalité.

Schneider Electric et Cityscoot allient leurs pouvoirs qui ont fait leur succès en créant du logiciel sur du hardware. La combinaison de leurs services et de leurs expertises dans une plateforme ouverte pourrait enrichir l’expérience des clients de Schneider Electric. D’un autre côté, Cityscoot pourrait s’appuyer sur le savoir-faire de Schneider pour passer à l’échelle et tenter de fixer les standards de la mobilité urbaine.

EDF et Ledger : Le rapport au prix pour le consommateur est un sujet sensible sur le marché de l’énergie, dont les variations sont le plus souvent dues à des facteurs externes. EDF s’allie ainsi avec Ledger, pour renforcer la transparence et la confiance auprès de ses clients grâce à la technologie blockchain, permettant de tracer le coût de l’extraction au foyer.

Renault et Lydia s’entendent dans une alliance stratégique pour réinventer la façon de vendre des voitures et les nouveaux moyens de les financer. Lydia est en effet une référence du Next 40 lorsqu’il s’agit de développer et de vendre des services financiers centrés clients, notamment autour de l’abonnement, du partage, de l’usage…

Sanofi intègre Shadow – qui permet de mieux répartir la puissance d’un ordinateur entre ses salles de serveur et les devices des clients  – pour améliorer les performances de leur produit tout en respectant la sécurité de leurs clients, à l’ère de la santé connectée et à distance.