La révolution silencieuse du Secteur Public

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La révolution silencieuse du Secteur Public

Par Laurent Leenhardt, Directeur Général, Gfi Branche Software

Le secteur public vit une transformation sans précédent : digitale, réglementaire, territoriale. Cette métamorphose est inédite de par sa triple dimension et sa simultanéité. S’y ajoutent un contexte budgétaire contraint et une réduction annoncée des effectifs. Force est donc de constater que la mutation du secteur public n’est pas uniquement digitale, elle est plus complexe et de plus grande ampleur. Les enjeux de cette transformation sont de taille : faire mieux avec moins tout en lançant les grands chantiers de transformation, fondations de la smartcity de demain. Alors que le secteur privé apparait souvent comme précurseur en matière d’innovation, le secteur public tient ici l’opportunité de tenir sa revanche !

Une transformation inédite

Cette transformation s’est accélérée ces dernières années sous l’impulsion d’une triple dynamique. 

Le secteur public amorce à son tour sa révolution digitale. L’administré est devenu un véritable « client », demandeur de services en mode omnicanal (web, mobilité, sms…). Il exige à la fois que les services offerts soient plus larges, disponibles 7/7 et accessibles sur tous les supports modernes (smartphone, tablette, web) avec une qualité accrue et une plus grande réactivité. Il souhaite une information continue, des alertes en temps réels, l’accès à plus de données (transparence, open data), une écoute de son point vue, et une prise en compte plus systématique de ses attentes (démocratie participative). Il souhaite des élus plus accessibles et connectés avec ses administrés.

A cette transformation digitale s’ajoute une transformation réglementaire, très souvent liées d’ailleurs, cette dernière imposant la dématérialisation des processus métiers. Après la mise en œuvre réussie des projets PES et ACTE, de la dématérialisation des appels d’offres et des bulletins de paie, c’est le projet Chorus qui impose et généralise maintenant l’usage de la facture électronique. A venir le projet de la DSN de prélèvement à la source comme potentielle prochaine réforme. Sous l’impulsion du SGMAP (Secrétariat Général pour la Modernisation de l’Action Publique), le rythme des réformes est soutenu et les collectivités n’ont que peu de temps pour s’y adapter. Force est de constater qu’elles le font avec succès.

En parallèle, conséquence de la loi NOTRe, une autre mutation d’ordre territoriale se joue. Elle transparait par exemple à travers le redécoupage des Régions, partie visible de l’iceberg pour le grand public. Mais il s’opère aussi un transfert de compétences inter-collectivités (notamment des Départements vers les Régions) et la mutualisation ou fusion de collectivités à travers la création de communes nouvelles ou métropoles. Cette mutualisation s’organise, motivée par un double objectif : baisse des dépenses publiques et meilleure prise en compte des besoins des citoyens. Sous l’impulsion de l’Etat, 15 Métropoles ont été créées (et 7 autres prochainement), moteurs de la croissance et de l’attractivité des territoires. De plus, depuis le 1er janvier 2014, les dernières communes isolées peuvent être rattachées à un EPCI (Etablissement Public de Coopération Intercommunale) sur décision du Préfet de Département. On le constate, la réforme territoriale est profonde et les conséquences sur les organisations importantes. Le visage d’une France administrative aux 36 000 communes sera bientôt derrière nous.

On notera que ces transformations, concomitantes et inédites, se déroulent dans un contexte de réduction de moyens induit par la forte baisse des dotations de l’Etat et la réduction annoncée du nombre de fonctionnaires. La baisse des dotations cumulées s’élèvera, à la fin de l’actuel mandat municipal, à 50 milliards d’euros et 120 000 postes de fonctionnaires pourraient être supprimés dont 70 000 au sein des collectivités locales.

Smartcity, les planètes s’alignent 

A l’évidence, l’innovation sera la clé essentielle pour relever ces challenges. Cette mutation profonde, plus qu’un faisceau de contraintes, est une formidable opportunité de dessiner la Smartcity de demain.

La population augmente (+10 millions en 30 ans en France) et se concentre dans les villes (3/4 de la population se répartit sur 20% du territoire). Les grandes villes et les métropoles doivent d’ores et déjà investir et se réorganiser pour répondre aux besoins des administrés ; besoins qui ne se résument pas aux futures infrastructures nécessaires mais qui traduisent un souhait de vivre mieux en générant moins d’impact sur l’environnement.

De son côté, l’impulsion de l’Etat ne va pas faiblir. « L’Etat doit être digital », « L’Etat doit être un acteur du numérique », « l’Etat devra numériser d’ici 2022 l’ensemble des procédures qui sont les siennes »…la feuille de route a été réaffirmée par le Chef de l’Etat lors du salon VIVA Technology le 15 juin dernier.

Les usages changent et vont continuer d’évoluer. Sous l’impulsion des générations X, Y, Z, chacun veut désormais disposer de services à tout moment, en tout lieu, être informé en temps réel mais aussi et surtout être acteur et fonctionner en mode collaboratif. Les compétences et les services « s’ubérisent ».

Les données se multiplient de manière exponentielle. Aujourd’hui, 80% des données du Système d’Information d’une collectivité sont des données de gestion. Demain, 80% des données de ce même SI seront des données externes. Les SI ont vocation à s’ouvrir, à collecter davantage à travers les réseaux sociaux, les objets connectés et via les échanges avec les acteurs privés. La protection des données personnelles devra être assurée comme le préconise le Règlement Général sur la Protection des Données qui entrera en vigueur le 25 mai 2018.

Mais les innovations sont là, mobilité, Cloud, CRM, Internet des Objets, Intelligence Artificielle, SIEM, social robotic…portées par les investissements des grands groupes et des ESN et par l’agilité des startup. Les circuits sont plus courts : on co-innove, on expérimente puis on généralise.

Les technologies sont à maturité. Les collectivités entrent de plain-pied dans l’ère de l’hyper-innovation : Big Data, cybersécurité, smart transport, smart lighting, smart water, smart grid …

Cette révolution profonde du secteur public et tout particulièrement des collectivités locales a démarré. Elle impose de repenser ses processus mais surtout de se réapproprier ses données, de les fédérer en Data Hub, de les organiser, de les restituer aux citoyens, de les croiser pour leur donner plus de valeur et de les mettre au service du pilotage de la performance et du vivre mieux en alignant optimisation des infrastructures et besoins des administrés.

A n’en pas douter, la smartcity de demain se construira par la Data.

Ces grands chantiers de transformation, tous ces défis à venir portés par une innovation particulièrement dynamique représentent aujourd’hui une formidable opportunité pour le secteur public de dessiner la smart city de demain ; La révolution silencieuse a bel et bien commencé !

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