Banque de demain … tous banquiers ou presque …

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Marques : devenez les banques de demain !

Selon Jean-François Guillaumin, Directeur Général France de Solarisbank

Les banques traditionnelles sont en pleine mutation. Des années à proposer des taux d’intérêt bas ont réduit les marges comme peau de chagrin. Et si les facteurs externes n’étaient pas responsables de leur déclin ? Et s’il fallait tout simplement revoir leur modèle économique ? Et si le prochain compte que vous ouvrirez ou le prochain prêt que vous contracterez n’était pas auprès de votre banque mais de votre commerce préféré ? Et si je vous disais que c’est déjà ce qui se passe depuis quelques années et que le tournant est encore devant nous ?

Pour comprendre à quoi ressemble la banque de demain, nous devons d’abord comprendre comment elle s’est développée. Au cours des 30 dernières années, le secteur bancaire a connu trois étapes.

Etape 1 : la noyade administrative

Sous sa forme initiale, la banque (avec ses guichetiers) était une zone d’interactions. La quantité de paperasse nécessaire pour les transactions était impressionnante. Et la demande était là malgré la non-connaissance de votre solde ou de votre comportement de consommation et les rendez-vous  avec des files d’attente interminables…Tout le monde a besoin de services bancaires dans sa vie quotidienne. À cette époque, les options étaient limitées. Les obstacles à l’entrée sur ce marché hautement réglementé empêchaient toute concurrence sérieuse. Les banques s’efforçaient plus de dicter le parcours du client selon leurs propres termes que d’innover dans leurs processus, et ce n’est en aucun cas une image du passé. De nombreuses banques en place s’appuient encore aujourd’hui sur des processus analogiques et ont du mal à s’en défaire.

Etape 2 : la commodité comme nouveau paradigme

La digitalisation des entreprises est en cours. Avec l’avènement du numérique et l’adoption massive des smartphones, la situation a radicalement changé. Les premières banques mobiles à la pointe de la technologie et qui permettaient d’effectuer des transactions, et de connaître ses dépenses, ont lancé l’arrivée d’une vague d’acteurs plaçant le client au centre de leurs activités. Les nouveaux acteurs « mobile-first » ont émergé sur la base d’un design cohérent et d’une expérience utilisateur intuitive rendant soudainement les services bancaires pratiques et attrayants pour des millions de personnes.

Etape 3 : la synchronisation des services financiers à la vie quotidienne

Le « contextual banking » également appelé « embedded finance » ou encore « banking-as-a-service » franchit la limite de l’open-banking. L’idée est d’intégrer des services financiers directement dans les produits d’autres fournisseurs. Ainsi, le service financier est disponible précisément au moment et à l’endroit où il est requis.

Etape 4 : avance rapide grâce aux GAFA

Outre les leaders habituels (Amazon, Apple…) les « Big Tech » comme Uber ou Shopify sont les pionniers de ce type de service. En effet, ce sont eux qui ont compris en premier qu’en enrichissant leurs produits de services financiers tels que des comptes bancaires, des cartes de paiement et des services de prêt, ils pouvaient bénéficier d’une plus grande fidélité des clients, de plus de points de contact et de flux de revenus supplémentaires. Si ces acteurs peuvent augmenter la richesse des données utilisateur qu’ils possèdent déjà avec des données sur le comportement, ils peuvent offrir à leurs clients des solutions financières sur-mesure avec des coûts de souscription nettement inférieurs.

D’accord…mais comment ?

Il est évident que les marques peuvent tirer profit de l’intégration de services financiers. Ce qui est moins évident, c’est comment y parvenir. Le secteur bancaire reste l’une des industries les plus réglementées au monde. Les acteurs désireux de pénétrer dans le secteur des services financiers sont confrontés à deux choix :

Devenir une banque :

ce qui peut sembler simple mais qui est loin de l’être. Il y a plusieurs obstacles à surmonter. Pour intégrer une offre bancaire compétitive dans votre offre, l’infrastructure technologique doit être évolutive et intégrée à l’activité principale. En plus de décourager l’entrée sur le marché, les exigences en matière de licence et les coûts d’exploitation nécessaires pour gérer une banque réduisent considérablement la probabilité que le projet doit rentable.

S’associer à un partenaire agréé :

Cette option permet de contourner les frais généraux réglementaires. Même si un opérateur historique offrait une interface permettant à d’autres acteurs de se connecter à son infrastructure bancaire, celle-ci repose sur des technologies anciennes qui ne sont pas conçues pour être utilisées. Il est donc peu probable qu’elle offre la flexibilité, l’étendue des fonctionnalités ou les prix pour être compétitive. De plus, les banques ne sont pas nécessairement enclines à l’arrivée de nouveaux acteurs de peur qu’ils ne cannibalisent le marché.

C’est là qu’interviennent les plateformes spécialisées dans le banking-as-a-service (BaaS). Ces fournisseurs d’API permettent à leurs partenaires non-bancaires de choisir les options dont ils ont besoin (comptes chèques, services de prêt,…) et de leur intégrer. Le fournisseur exécute tous les processus réglementés, y compris le traitement des paiements, la surveillance de la lutte contre le blanchiment d’argent (AML), la gestion des comptes, des prêts et les rapports tandis que la relation avec le client final reste entièrement entre les mains du partenaire. De cette façon, les marques proposent des produits bancaires numériques à leur propre image et délèguent le reste au fournisseur de services bancaires en ligne.

Cette approche basée offre une alternative plus rapide et rentable, sans risquer que le partenaire bancaire cannibalise leur base de clients.

Il devrait être évident que toute entreprise qui souhaite fidéliser et upgrader l’expérience client doit s’y intéresser.
La question n’est pas de savoir si, mais quand, elles le feront. Nous n’en sommes qu’au début de l’aventure, mais le temps presse pour les marques si elles veulent bénéficier d’un avantage de premier plan. Les banques en place ne sont pas non plus insensibles à cette menace. Si elles ne sont pas en mesure de devenir elles-mêmes un acteur de référence, elles s’accrocheront à leur clientèle et ne se laisseront pas faire sans se battre.