Interview exclusif de Sébastien Badault, DG d’Alibaba France

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« 300 millions de consommateurs composent la classe moyenne chinoise. En 2020 ce chiffre passera à 500 millions. Cela donne de belles perspectives pour les commerçants français et européens ».

 

Sébastien Badault, DG d’Alibaba France

 

Après avoir occupé le poste de directeur du développement européen d’Amazon et de directeur grands comptes chez Google France, Sébastien Badault dirige depuis 2015 Alibaba France, la plus grande place de marché mondiale

Homme de challenge, Sébastien Badault nous livre sa vision sur la Chine, le consommateur chinois et la place d’Alibaba, le géant du e-commerce dans une économie en pleine ascension lors du Paris Retail Week (12 septembre 2016)

My Digital Week : Qu’est ce qui vous a poussé à « sortir de votre zone de confort, à savoir la maitrise de la culture américaine à celle de l’empire du milieu ? 

Sébastien Badault : Une opportunité formidable. 300 millions de consommateurs composent la classe moyenne chinoise. En 2020 ce chiffre passera à 500 millions. A titre indicatif, les Etats-Unis, première économie mondiale, la classe moyenne se compose de 150 millions de personnes. Cela donne de belles perspectives pour les commerçants français et européens.

My Digital Week : Quelles sont les principales différences culturelles auxquelles vous avez été confrontées ?

Sébastien Badault : En huit mois, je me suis rendu une douzaine de fois en Chine. La première chose ou la première qualité requise est l’adaptation. Elle est courte. On ne vous laisse pas le temps, car tout est urgent. Les prises de rendez-vous en Chine sont beaucoup plus faciles qu’en France ou en Europe. Pour les Chinois, un rendez-vous est une opportunité, inutile de donc de perdre son temps. Le revers de la médaille ?  Vous devez être très réactif et disponible à tout moment.

My Digital Week : Quelle est votre mission en France ?

Sébastien Badault : Permettre à 10 millions d’entreprises d’être profitables à l’international et en particulier en Chine en espérant qu’il y en ait le maximum qui soit françaises.

My Digital Week : Quelle est votre stratégie pour atteindre cet objectif ambitieux?

Sébastien Badault : Les Chinois respectent beaucoup les marques françaises, leur savoir-faire et leur tradition. C’est pourquoi nous voulons faire valoir l’idée de « Made in France for China » dans le pays. Aussi, nous recherchons des produits dans les secteurs de la cosmétique, du prêt à porter, du vin, l’univers de la puériculture… Nous avons sélectionné à ce jour une centaine de marques pour se développer en Chine.

My Digital Week : Comment accompagnez-vous les e-commerçants français ?

Sébastien Badault : Notre rôle est de leur faciliter le travail. Pour cela nous les accompagnons dans les premières discussions avec nos partenaires. Nous les aidons à trouver les bons partenaires logistiques, à choisir leur échantilonnage et les aider à établir le bon pricing.

My Digital Week : Le prix est-il le levier le plus important ?

Sébastien Badault : Oui bien sûr. Cependant, la nouvelle génération de consommateur sont les jeunes. Ils recherchent des nouveaux produits, ils cherchent des choses que les autres n’ont pas. Ces jeunes seront demain la classe moyenne chinoise soit 100 millions de foyers avec des revenus aux alentours de
46 000 $ /an, ce qui n’est pas négligeable.

My Digital Week : Votre stratégie vise t-elle uniquement les grands e-commerçants ?

Sébastien Badault : Si Décathlon et l’Occitane marchent très bien en Chine, je souhaite développer à terme une approche similaire pour les petites entreprises. Notre partenaire Tmall a pour mission de découvrir les artisans français qui diffuse une image internationale, et devenir leur plateforme privilégiée pour les commerçants ou artisans en quête de visibilité

My Digital Week : Quelles sont les grandes adaptations pour s’imposer sur le marché Chinois ?

Sébastien Badault : Nous commençons par étudier la demande du consommateur chinois. Nous analysons ses requêtes, et si la marque n’est pas présente en Chine, nous la contactons. Ensuite le process est rodé. Le commerçant doit remplir un formulaire en spécifiant le nombre de produits à vendre en Chine. Nous lui présentons ensuite quatre à cinq partenaires locaux logistiques. A ce niveau, il faut lever les premières difficultés car l’écosystème de partenaires car en Chine, il n’est pas complétement adapté pour l’international. Notre rôle est aussi de recruter des personnes qui parlent la langue pour convaincre les marques et faciliter les négociations.

My Digital Week : Quel message souhaiterez vous faire passer ?

Sébastien Badault : Nous pouvons apporter 450 millions de clients chinois aux entreprises françaises, cela s’inscrit dans la mission portée par Alibaba depuis le début de sa création, à savoir : mettre en relation prioritairement acheteurs et vendeurs, où qu’ils se trouvent dans le monde entier.

Propos recueillis par Annie Lichtner @annielichtner