Les 5 tendances à surveiller lors du Mobile World Congress à Barcelone

107

Pression économique, évolution de la 5G, développement durable, impact de la restructuration du secteur sur l’avenir des réseaux…
Les tendances à surveiller à l’occasion du Mobile World Congress

Selon Accenture

Durant ce mois de février, le parc des expositions de Barcelone s’apprête une nouvelle fois à accueillir le MWC. Au programme : la pression que subissent les CSP (Communication Service Providers) n’a jamais été aussi forte et les défis qu’ils doivent relever sont en effet nombreux. La 5G atteint un stade où sa monétisation à grande échelle devient possible, et d’une manière plus générale, les réseaux avancés rebattent les cartes pour redéfinir la place des CSP dans l’écosystème et la chaîne de valeur.
Voici quelques-uns des grands thèmes qui devraient dominer le salon cette année :
  • 1ère tendance – Impact du climat économique et social. Qu’est-ce qui attend les CSP ?
  • 2e tendance – 5G – d’une évolution à une révolution ?
  • 3e tendance – Le développement durable à l’ordre du jour des CSP
  • 4e tendance – Restructuration du secteur
  • 5e tendance – L’avenir des réseaux
1ere tendance – Impact du climat économique et social. Qu’est-ce qui attend les CSP ? 
Le climat économique et social a ces derniers temps un impact considérable sur le secteur des télécommunications, dans un contexte où ses coûts ne cessent déjà d’augmenter. Les CSP sont d’importants employeurs et les coûts salariaux enregistrent une hausse, qui s’explique par un faible taux de chômage, des pénuries persistantes de main d’œuvre et les importantes négociations qui en résultent. Par ailleurs, s’ils amorcent une légère baisse en Europe, les coûts énergétiques demeurent élevés. Or, les CSP sont très énergivores : les réseaux télécom représentent 2 à 3 % de la consommation énergétique mondiale et sont exposés aux fluctuations du prix de l’énergie.
Sans pouvoir de marché (ou « pricing power », c’est-à-dire la capacité à augmenter les tarifs de leurs clients), la croissance de leur chiffre d’affaires stagne. En substance, tous ces coûts en hausse se traduisent par une compression des marges et cela est problématique. Dans le même temps, on leur demande de déployer des réseaux avancés. Ils n’ont pas d’autre choix que de déployer la 5G, et ils n’ont pas d’autre choix que de déployer la fibre sur l’ensemble de leur zone de couverture. Et tout cela a un coût. Les marges sont donc compressées au moment même où ils doivent réaliser ces importants investissements. Résultat : les CSP sont dans une position difficile et ils doivent rechercher de nouveaux gisements de valeur et prendre des décisions judicieuses.
Au final, malgré un contexte difficile, la position des CSP leur permet de tirer parti d’une nouvelle ère de connectivité.
 
2e tendance – 5G – d’une évolution à une révolution ?
Voilà déjà plusieurs années que la 5G est à l’honneur au MWC. Aujourd’hui, les discussions portent sur son évolution, les progrès réalisés à ce jour et ce qui devrait se produire en 2023.
Il est vrai que bon nombre d’acteurs ont déploré la lenteur du parcours qui mène à la 5G. Mais de tels bonds technologiques prennent habituellement une dizaine d’années. Dans les années 80, nous avions la 1G et la voix mobile ; dans les années 90 sont apparus la 2G et les SMS ; puis il a fallu attendre les années 2000 pour voir débarquer la 3G et les véritables données mobiles ; la 4G et l’expérience en ligne mobile ne remontent quant à elles qu’aux années 2010. La 5G a fait ses premiers pas dans les années 2020, avec l’arrivée de débits qui se mesurent en gigabits par seconde et de latences de l’ordre de quelques millisecondes, permettant ainsi la connexion d’un million d’appareils au kilomètre carré. Le déploiement complet d’un réseau prend ensuite généralement deux à trois ans, puis il faut habituellement patienter une ou deux années de plus pour voir apparaître les premières applications de ce réseau. En réalité, la 5G n’en est encore relativement qu’à ses débuts.
Si elle n’était jusqu’ici qu’une évolution, la 5G atteint aujourd’hui un stade où elle pourrait bien devenir une révolution – une révolution qui résulterait de la transformation des CSP en plateformes de télécommunications.
3e tendance – Le développement durable à l’ordre du jour des CSP
Les CSP doivent aujourd’hui réduire leur consommation énergétique et le gaspillage, et dans le même temps réaliser des investissements colossaux dans une nouvelle infrastructure et de nouvelles bandes de fréquences. Comment peuvent-ils réussir à faire les deux ? Il convient de mettre en place des solutions sur mesure, en fonction des possibilités qui se présentent, des capacités existantes et de l’infrastructure sous-jacente. L’exemple de Swisscom illustre bien comment un CSP peut mettre en œuvre une stratégie pour le climat qui lui permette à la fois de réduire ses propres émissions et celles de ses clients d’un million de tonnes d’équivalent CO2 d’ici 2025.
Il n’existe pas d’approche unique, mais pour devenir des leaders de l’action climatique, les CSP doivent se concentrer sur cinq domaines prioritaires lorsqu’ils investissent dans la gestion énergétique et les opérations : la gestion des énergies vertes et réseaux durables, les opérations durables grâce à la maîtrise technologique de l’IA et des plateformes ESG, l’investissement durable, la culture écologique et les nouvelles méthodes de travail, et le tableau de bord écologique.
4 ème tendance – Restructuration du secteur 
Face à la pression considérable qu’entraîne la compression des marges, doublée de la nécessité de déployer les réseaux de fibre optique et 5G, certains CSP ont choisi d’opérer des séparations structurelles, scindant ainsi des parties de leur activité. Dans la course au déploiement de la fibre optique, nous voyons ainsi fleurir en Europe des entreprises structurellement séparées qui se spécialisent dans la fibre. Ces entreprises de fibre optique (ou « FibreCos ») devraient monter en puissance, notamment dans les pays disposant d’un important réseau existant, au détriment des petits opérateurs réseaux, qui risquent d’être mis à mal dans ces zones suréquipées ou de rechercher des voies de sortie.
D’autres, nombreux, ont choisi de se séparer de leur activité de tours relais[ELG1] , notamment en Europe, où l’on observe un grand nombre de changements et de fusions. Citons entre autres Vantage Towers, lancé par Vodafone ou encore TOTEM, filiale d’Orange. À l’origine de tous ces changements : la nécessité de trouver un moyen économique de déployer le réseau 5G. En effet, si la vente de tours génère immédiatement un capital, la création d’une entité distincte ou d’une joint-venture, quant à elle, peut permettre une monétisation efficace de l’infrastructure, notamment grâce à la location des tours.
D’autres CSP ont opéré  des changements plus radicaux et opté pour la scission de leurs activités de réseau et de services en « NetCo » et « ServCo ». D’autres encore préfèrent consolider leur activité de service digital et réduire leurs activités non essentielles, voire les arrêter complètement. Les avantages d’une telle approche : la meilleure utilisation des actifs, les opportunités d’attraction des investisseurs et la priorisation des activités stratégiques.
Malgré la diversité de ces opérations de restructuration et les variations constatées selon les marchés, leur impact sur l’ensemble du secteur est indéniable. En termes de création de valeur, la séparation de l’infrastructure et des services semble être l’occasion d’opérer un changement fondamental, de capitaliser autrement sur les tierces parties et d’accélérer les investissements synonymes de croissance. Pour bon nombre de CSP, la question n’est pas de savoir si une scission est judicieuse, mais de déterminer quand elle aura lieu. Dans ce nouvel environnement où les scissions deviennent monnaie courante, les CSP doivent réfléchir à de nouveaux business models et cas d’utilisation, qui leur permettront de se différencier, d’attirer de nouveaux clients et de booster leur ARPU.
Ceux qui font l’impasse sur la restructuration risquent de conserver des réseaux peu performants, limitant ainsi les possibilités de générer de nouveaux flux de revenus grâce à des modèles tels que la vente en gros d’accès réseau, la location de tours, ou encore les services managés.
 
5e tendance – L’avenir des réseaux
La virtualisation, la cloudification, la désagrégation et les interfaces ouvertes révolutionnent la conception, le déploiement et l’exploitation des réseaux. L’accès aux données à haut débit et faible latence, qui va de pair avec des contenus digitaux riches et immersifs, influe sur l’avenir des sociétés humaines et des entreprises de tous les secteurs. Les réseaux d’aujourd’hui doivent pouvoir répondre à un très grand nombre de besoins en constante évolution, tout en assurant aux salariés, où qu’ils se trouvent, un parfait accès aux données, applications et plateformes.
Les réseaux de fibre optique haut débit jouent un rôle clé dans la croissance fulgurante de la connectivité des données. Ils constituent indubitablement un investissement intéressant, de par leur capacité à être monétisés, à soutenir les objectifs de développement durable et à générer de la valeur sur le long terme. En tant que tels, on constate que leur déploiement progresse. Cependant, l’adoption de nouvelles infrastructures cloud demeure très variable.
Avec l’adoption de technologies innovantes, les CSP entament un parcours de transformation qui convertira leur business model actuel en « plateforme de télécommunications » capable de proposer le NaaS (Network-as-a-Service, ou réseau en tant que service). Grâce à un modèle de consommation flexible, le NaaS génère de la valeur pour le client, et les réseaux privés commencent à s’imposer comme des réseaux personnalisés parfaitement adaptés. Toutefois, les modèles opérationnels des CSP devront être synchronisés avec les nouvelles architectures réseau et nécessiteront des équipes techniques spécialisées dans ce domaine. Cela peut impliquer un reskilling, des embauches ou une collaboration avec un partenaire. Combler le manque de connaissances et de compétences associé aux solutions ouvertes et désagrégées fera partie des impératifs du secteur.
Les CSP doivent donc se transformer et développer des capacités dans des domaines aussi variés que l’expérience client, la stack technologique et le réseau, mais aussi mettre en place des modèles opérationnels compatibles avec les réseaux publics cloud natifs, le NaaS, les déploiements de réseaux privés et les nouveaux services d’edge computing. Et dans le même temps, ils doivent aussi imaginer les réseaux de demain.
Pour les entreprises, le métavers représentera un avantage concurrentiel, ce qui implique qu’elles devront disposer du réseau et de la 5G capables de le prendre en charge. Le réseau devra être symétrique et afficher une très faible latence, mais aussi être software-defined et programmable, afin de s’adapter à la hausse ou à la baisse en fonction des besoins. Il est donc important que la réflexion des CSP ne se limite pas aux réseaux dont ils ont besoin aujourd’hui, ni même à ceux dont ils auront besoin demain ou l’an prochain, mais qu’ils se demandent d’où proviendra la demande à venir, et de s’y préparer dès aujourd’hui.