Pour ou contre le No code ?

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Faut-il dire Yes au No code ?

Par Philippe Deltenre, Directeur commercial et partenariats chez Jahia

À l’instar des autres tendances no- et low- qui fleurissent sur tous les marchés, le monde informatique voit se démocratiser de plus en plus d’offres no code. Leur promesse ? Une émancipation complète du codage et la possibilité de développer ses propres sites, applications et plateformes sans bagage technique. Souplesse, temps plus courts, coûts réduits par rapport aux solutions sur mesure, les attraits du no code sont nombreux mais posent une question essentielle : la réalité informatique des entreprises peut-elle vraiment se passer de codage ?

Non au code, oui à l’immédiateté

Le principe du low/no code repose sur un objectif opérationnel simple : s’éloigner au maximum de la nécessité d’avoir des compétences en programmation informatique pour développer des applications. Cela ouvre des perspectives importantes pour les utilisateurs non experts : un collaborateur marketing peut, par exemple, définir et activer lui-même ses process de gestion clients et de communication, sans avoir à faire appel aux ressources informatiques de l’entreprise.

Faisons le parallèle avec le milieu de la mode. Les no et low codes correspondent au secteur du prêt-à-porter alors que le développement informatique correspond à la haute-couture ou à un rendez-vous chez le tailleur. Le consommateur choisit un produit sur étagère pour un besoin en particulier : une chemise ou un costume. Dans les deux cas, le produit est disponible immédiatement a un prix défini. Mais comment faire s’il a besoin de manches plus longues ou d’un pantalon plus large non proposés dans l’offre de prêt-à-porter ? C’est là qu’intervient le tailleur sur mesure (aka le codage) qui va fabriquer un vêtement complètement adapté à sa morphologie et ses attentes en matière de coupe et de tissu. Transposé dans le milieu informatique, le tailleur devient le développeur qui va construire un outil personnalisé et dédié à la problématique spécifique d’une entreprise.

Disponibilité immédiate, prise en main facile par tous, maintenance réduite : les outils no code présentent de vrais atouts. Mais qui dit solution prête à l’emploi dit aussi flexibilité moindre et nécessité pour le client de s’adapter au produit et non l’inverse… ce qui peut parfois s’avérer problématique.

Le codage en trait d’union

On l’a vu, dans certains cas, faire appel à un « tailleur sur mesure » est nécessaire pour ne pas s’enfermer dans un spectre fonctionnel trop limité. Le développement personnalisé nécessite souvent plus de délai, mais il peut répondre à toutes les problématiques. Plus intéressant encore, le codage peut permettre de faire interagir ensemble des programmes no code. Il fonctionne comme un véritable trait d’union.

Au sein d’un système d’information, certaines applications low code sont disponibles en « plug and play » : un CRM SaaS ou une plateforme de marketing automation par exemple. Ce sont des composants modulables et ajustables à la marge alors qu’un ERP sera plus lourd à implémenter car profondément lié aux processus de l’Entreprise.
Ainsi pour faire dialoguer une plate-forme digitale avec les différents composants du SI, deux options s’offrent aux DSI : la première consiste à le faire de façon programmatique et traditionnelle en utilisant des API pour interopérer les différents composants ; la seconde consiste à utiliser une stack de connexion low code pour interfacer les applications. Les plateformes DXP permettent ainsi de connecter les différents outils­, de faciliter l’échange des données, pour les partager et les exploiter dans un écosystème marketing global. C’est une vraie tendance à l’heure où la plupart des applicatifs évoluent vers le SaaS et sont disponibles dans le Cloud. Magie de l’informatique : le tout peut rester accessible pour l’utilisateur final non expert ! 

Alors, pour ou contre le no code ?

Pour le low code, mais pour le codage aussi ! Tout l’enjeu consiste effectivement à sélectionner ce que l’on fait en low code – pour être plus réactif à un instant T – et ce que l’on conserve en développement classique. Au moment du choix de l’outil, il convient de tenir compte tant des objectifs opérationnels que des évolutions envisagées. Un module no/low code prédéfini peut tout à faire répondre à la demande sur le long terme (c’est le cas des systèmes d’authentification ou d’annuaire par exemple, largement répandus en low code/prêt à l’emploi), mais il peut également s’avérer inadapté au bout d’à peine 6 mois, auquel cas autant développer immédiatement des outils personnalisés.

D’autre part, s’il est évident que les outils no code permettent de booster l’agilité et de réduire le Time-to-Market, ils fonctionnent en général aussi comme des boîtes noires avec des spécifications strictes adaptées pour des usages limités. Cela pose donc la question de la confiance, à la fois sur le traitement informatique, sur la sécurisation des données, de l’application mais aussi sur la pérennité de la solution et son évolutivité.

Les applications no code sont donc particulièrement intéressantes lorsqu’il s’agit de prototyper un concept. Elles permettent un démarrage rapide, idéal pour confirmer une idée. Une fois le concept validé, qu’il devient pérenne et monte en puissance, se pose alors la question du full no code, du full développement ou d’une combinaison des deux approches.

Si le principe même du no code a plutôt la côte auprès des utilisateurs finaux, il reste assez anecdotique sur le marché et peu d’entreprises de taille conséquente l’utilisent. Or, faire complètement l’impasse sur ces technologies, c’est se priver d’outils fonctionnels et performants répondant à un nombre important de situations. Cela est particulièrement vrai pour toutes les activités périphériques, car le contrôle sur le cœur de business n’est pas mis en jeu. Pour les entreprises, l’enjeu consiste aujourd’hui à évaluer le bénéfice-risque, et à prendre le meilleur de ces deux approches, complémentaires par essence…

Yes to code, and to no code !