Retour sur Les Assises de la Banque Citoyenne : Comment donner du sens à son épargne ?

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Retour sur Les Assises de la Banque Citoyenne : Comment donner du sens à son épargne ?

Le 5 avril dernier, La Banque Postale a lancé la seconde édition des Assises de la Banque Citoyenne . Retour sur les temps forts de cet événement : comment donner du sens à son épargne ? Réponses avec Daniel Roy, le Président du directoire de La Banque Postale Asset Management (LBPAM)

La nouvelle a secoué le landernau de la gestion patrimoniale : d’ici à 2020, 100 % des actifs gérés par la banque Postale Asset Management seront ISR. Daniel Roy, Président du directoire de la Banque Postale Asset Management revient sur cette annonce et promeut la nécessité d’une vision à long terme de l’épargne et de l’investissement sur les marchés.

« L’Europe est en train de changer le monde. Ce monde où, depuis 1945 la société faisait tout pour vous, disparaît sous la pression du vieillissement démographique. Désormais, chacun devra s’occuper de son avenir et ne plus se reposer sur la seule société », constate le Président du directoire de La Banque Postale Asset Management (LBPAM). Ce constat, Daniel Roy le fait comme première piste pour expliquer l’annonce faite par Rémy Weber, le président de La Banque Postale, de la future conformité ISR des 220 milliards d’encours de gestion d’actifs de LBPAM. Lors de cette déclaration aux 2e assises de la Banque Postale, Rémy Weber rappelait aussi que « l’épargne a besoin de sens ». D’où ce syllogisme imparable : chacun a besoin de prendre en main son avenir, pour ce faire, l’épargne est indispensable, et lui donner du sens c’est être en conformité avec les valeurs de développement durable prônées par les jeunes générations, et de financement de l’économie réelle : « l’ISR est un moyen de donner du sens aux euros qui seront épargnés en participant à un développement plus équilibré de l’économie et des entreprises socialement responsables. Cette approche est selon nous la meilleure pour convaincre les jeunes générations de mettre de l’argent de côté pour préparer leur avenir », détaille Daniel Roy pour qui le levier des placements ISR est aussi un moyen de pallier la « carence culturelle » des européens vis-à-vis de leur relation à l’argent.

Un retour au long terme

L’épargne est aussi souvent une question de long terme pour être fructueuse, a fortiori pour les placements ISR dont la performance est avérée sur des périodes longues. Une raison à cela, les entreprises gérées en suivant des critères autres que le seul résultat court-terme et avec une prise en compte de leur rôle social se développent mieux. « Nous voyons bien que les entreprises se réinscrivent dans du long terme et amorcent la bascule vers un autre monde. Quand Patrick Pouyanné rachète Direct Energie ou que HSBC se défausse des énergies fossiles, cela est un signal fort sur des directions prises. » Même chose quand LVMH ouvre des ateliers dans des villages de France et participe au développement des territoires. Autant d’exemples qui entérinent le rôle social et sociétal des entreprises. Un rôle qui participe bien entendu à l’analyse mise au point par LBPAM pour sélectionner ou non une entreprise au sein de ses portefeuilles

Les critères extra financiers, facteurs de performance

« Pour constituer nos portefeuilles ISR, il faut beaucoup de recherche. Nous avons longuement travaillé à la mise en place d’un cadre d’analyse rigoureux. Nous travaillons sur quatre critères extra financiers et avons développé un algorithme de scoring fondé sur une échelle de 1 à 10. 10 étant la plus mauvaise note », explique Daniel Roy. Ces critères sont:

  • La gouvernance de l’entreprise (G)
  • La gestion durable des ressources humaines et naturelles ( R)
  • La transition économique et énergétique (E)
  • Le développement des territoires (T)

« Sur la gouvernance, le gérant d’actifs doit aussi être acteur des décisions de l’entreprise en votant lors des assemblées, poursuit Daniel Roy. La gestion des ressources humaines tout comme le développement des territoires sont fondamentaux et s’ajoutent au savoir-faire de l’entreprise. Enfin, la transition énergétique est un vrai sujet et nous pouvons désormais la mesurer grâce à l’article né de la COP21 (article 173) »

Pour autant, ce virage vers des investissements socialement responsables suscite parfois des réticences, tant en interne que de la part des clients ; et pourtant les rendements des fonds ISR sur le long terme sont généralement assez bons, voire les plus performants surtout comparés au niveau livret A ou au rendement des fonds Euro. Certes, en investissant uniquement en ISR, il est possible de rater des occasions comme la croissance des GAFA de l’ordre de 50 % en 2017, mais elles ont vu leur cours rechuter en 2018. Enfin les spéculations hautes fréquences sur des indices qui ne sont que « l’écume des choses avec peu de volume en comparaison des grandes vagues boursières. » pour Daniel Roy qui rappelle logiquement que « la finance doit financer l’économie réelle ».

Laisser le temps au temps…

Car, au-delà des inflexions politiques internationales et européennes, la conviction du changement de modèle est aussi le levier de cette décision : « Nous n’allons pas changer le monde ni les hommes en un jour, mais si notre annonce incite à porter les messages, à remettre de l’extra financier dans l’analyse des entreprises, nous serons dans notre feuille de route. Surtout, nous pourrons nous inscrire contre le court-terme trop prôné par le monde anglo-saxon et qui le mène parfois à des impasses, à l’exemple du Brexit. Au regard de l’évolution du monde, nous avons une fenêtre historique pour réintroduire du long terme dans nos discours », conclut Daniel Roy.

Un discours qui se veut ancré dans le réel de l’économie et porté par les 8 000 conseillers de la Banque Postale, premiers évangélistes de cette nouvelle inflexion auprès des particuliers.