L’entrepreneuriat féminin en France : un gisement de croissance inexploité
Dans une étude réalisée fin décembre 2017 pour Facebook, Opinion Way analyse la situation de l’entrepreneuriat français, notamment féminin et souligne les opportunités, les obstacles et les attentes des femmes entrepreneures.
En France, l’entrepreneuriat est en plein essor et de nombreuses femmes sautent désormais le pas pour créer leur entreprise. Pour autant, la création et la reprise d’entreprise par des femmes, en particulier dans le secteur digital, représentent un gisement de croissance insuffisamment développé. Où en sommes-nous aujourd’hui ?
Les femmes, encore à la traine des hommes dans l’entrepreneuriat ?
32 % des entreprises nées en 2016 ont été créées par des femmes selon l’Agence France Entrepreneur (AFE), avec un objectif pour 2017 fixé à 40% par le gouvernement. Ce chiffre laisse penser que de nombreuses entreprises sont aujourd’hui dirigées par des femmes. Néanmoins, seules 12,6% des sociétés fondées par des femmes comptent plus de deux employés. Autrement dit, la majorité des entreprises fondées par des entrepreneures sont ainsi personnelles et ne permettent pas souvent d’apporter les ressources financières nécessaires aux femmes qui les ont créées.
La France reste en retard sur ses voisins occidentaux : en 2015, notre pays se classait sixième des pays les plus favorables à l’entrepreneuriat féminin. Avec un score de 68,8 sur 100, l’Hexagone était devancé par les Pays-Bas, le Danemark, le Royaume-Uni, l’Australie et les États-Unis, leader du 2015 Global Eutrepreneurship Index réalisé par l’Institut Global de l’Entrepreneuriat et du Développement (GEDI).
Les services et le digital, secteurs clés de l’entrepreneuriat féminin
Les créatrices de startups privilégient les secteurs considérés comme « traditionnellement féminins » à savoir les commerces, services, l’enseignement, la santé, l’action sociale et la franchise (étude BNP Paribas – ConnectHers 2017). Une concentration dans le secteur tertiaire et le commerce traduisant une faible diversification des activités des entreprises créées selon l’INSEE.
Les femmes dirigeantes d’entreprise exercent en majorité dans les mêmes secteurs d’activité. Selon l’étude de Women Equity 2017, les entreprises les plus performantes dirigées par des femmes se retrouvent dans les services innovants aux entreprises, avec 28% des lauréates, dans l’industrie (26%) et la distribution (20%). Les TMT (Technologies, Médias et Télécommunications) arrivent en quatrième place et représentent 12% des entreprises les plus performantes dirigées par des femmes.
Quels freins à la création d’entreprise au féminin ?
Les études récentes révèlent que la lente progression de l’Entrepreneuriat féminin en France s’explique par plusieurs facteurs complémentaires.
Le premier frein relève d’une moindre confiance des femmes dans leur propre capacité à développer leurs affaires. Ainsi selon l’AFE, 35% des femmes s’estiment moins compétentes que les hommes !
La maîtrise insuffisante des outils digitaux constitue un autre frein majeur. D’après la Commission européenne, 8% de la population active en France n’a aucune compétence digitale, 27% un niveau faible, tandis que 33% ont un niveau de base et 29% un niveau supérieur. Agir par ce biais est donc indispensable pour favoriser l’Entrepreneuriat en France.
Les femmes semblent également être plus prudentes que les hommes avec un faible recours aux financements. C’est ainsi qu’elles ont, par exemple, beaucoup moins recours aux levées de fonds. En 2016, 7% seulement des montants de fonds levés l’ont été par des femmes (Étude AFE 2017). Par ailleurs, même si hommes et femmes font tous face à des difficultés pour obtenir des emprunts, le taux de rejet de crédit bancaire reste largement supérieur pour les femmes (4,3%) que pour les hommes (2,3%) alors même que les femmes ont tendance à demander moins d’argent que les hommes pour leur entreprise. [Compta-Online, 2017]
Parmi les autres freins, on relève notamment :
- Un manque de « role models » et de figures emblématiques féminines auxquelles s’identifier dans cet univers majoritairement masculin.
- Une certaine absence de culture de l’entrepreneuriat et de connaissance des « règles du jeu ».
Un gisement de croissance inexploité
Le sous-développement de l’Entrepreneuriat féminin constitue un véritable manque à gagner pour la France et pour l’Europe. Si autant de femmes que d’hommes travaillaient ou montaient leur entreprise, la France gagnerait 0,4 % de croissance annuelle supplémentaire, soit 9,4 % sur 20 ans, selon l’OCDE.
Le gisement de croissance que représente l’Entrepreneuriat féminin se vérifie particulièrement dans le secteur digital. La première étude de la Commission européenne sur les femmes actives dans le secteur des TIC (Women in Digital, octobre 2013), a montré que le fait de permettre à plus de femmes d’accéder au marché de l’emploi digital peut générer une augmentation annuelle du PIB de 9 milliards d’euros au sein de l’Union Européenne.







