Transhumanisme : la limite ne sera pas technologique, elle sera juridique

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Transhumanisme, vers un homme augmenté ?

par Olivier Serres, Directeur Conseil au sein de l’agence Disko

Et si vos capacités intellectuelles étaient multipliées par 100 ? Imaginez un monde dans lequel votre espérance de vie est augmentée de manière significative.  Un monde dans lequel vos maladies seraient diagnostiquées et éradiquées avant même de se développer. Bienvenue dans un futur dans lequel l’Homme ne fait qu’un avec la machine….

Le transhumanisme ? Définition

Le transhumanisme est une approche interdisciplinaire prônant l’usage des sciences et des techniques afin de surmonter les limites biologiques et d’améliorer les caractéristiques physiques et mentales des êtres humains.

Le transhumanisme incite à l’usage des sciences et des techniques en vue de développer les capacités humaines et de dépasser les limitations biologiques de l’Homme. Ce courant philosophique est soutenu par les développements technologiques contemporains dans l’informatique et les biotechnologies.

L’idée d’un Homme doté de capacités augmentées a toujours suscité la fascination à travers les âges.
Du mythe de la fontaine de Jouvence procurant la jeunesse éternelle à l’invulnérabilité d’Achille plongé dans le Styx, l’Histoire illustre le fantasme permanent d’un Homme invincible et immortel, éternellement jeune. Aujourd’hui cependant, le mythe n’a jamais été aussi près de devenir réalité. La technologie évolue à grande vitesse, l’idée est simple : fusionner biologie et technologie, pour repousser les limites du corps humain.

Le transhumaniste est celui qui considère que nous sommes sur le point d’assister au dépassement de la condition humaine grâce à l’essor exponentiel de la technologie.

Selon Ray Kurzwell, icône mondiale du transhumanisme et chief scientist chez Google, nous sommes à l’aube de l’ère de la singularité, celle d’un changement irréversible. Il indique : « La Singularité est une période future où le rythme des changements technologiques sera si rapide et son impact si profond que la vie humaine sera transformée de manière irréversible. »

Les GAFA participent activement à la recherche sur ce thème pour des raisons de perspectives économiques. Calico (qui signifie CAlifornia, LIfe COmpany), filiale de Google, s’est donnée pour mission de “tuer la mort”. L’entreprise, fondée par Google X Lab plus précisément, a pour objectif de trouver des solutions permettant de lutter efficacement contre le vieillissement et les maladies graves.

Quelles opportunités ?

Augmentation de la longévité du corps biologique
L’accès à la data et à une puissance de calcul exponentielle va modifier en profondeur l’anticipation des problèmes de santé. Mieux : la structure du corps pourrait même servir de stockage de données. A titre d’exemple, Microsoft travaille actuellement avec l’université de Washington sur un projet de stockage de données dans l’ADN et pense atteindre cet objectif d’ici une dizaine d’années.

L’implant biométrique est d’ores et déjà une réalité. De nos jours, dans les capitales européennes, des “implant party” voient le jour. Des soirées dans lesquelles vous pourrez vous faire poser des puces NFC sous-cutanées dans la main. Les bénéfices escomptés ? En théorie, plus besoin de carte de crédit, de carte de fidélité, de carte vitale – tout ceci pourrait être stockée dans ce genre de puces – et bien plus encore ? Concrètement un simple survol de la main équipée de ce genre de puce permettrait par exemple :

– d’ouvrir une porte sécurisée
– de badger en montant dans le bus
– de payer ses courses
– d’obtenir des informations sur son état de santé
– …and so on…

La limite ne sera pas technologique, elle sera juridique.

L’accroissement sans précédent des facultés intellectuelles
Toujours selon Ray Kurzwell, l’intelligence artificielle égalera celle de l’Homme. En 2045, l’être humain pourrait fusionner son cerveau avec une intelligence artificielle, et augmenter ses capacités intellectuelles jusqu’à un milliard de fois !

Limites et risques ? Une question d’équilibre

L’association française Technoprog indique : « Le monde est de manière inacceptable inégalitaire et dangereux. Les technologies émergentes pourraient le rendre largement meilleur, ou bien pire. Malheureusement, trop peu de gens comprennent aujourd’hui la dimension des menaces ou des bienfaits auxquels l’humanité doit faire face. »

Les détracteurs du transhumanisme considèrent qu’il constitue une négation de ce qui constitue l’humain, à savoir que l’Homme n’est plus considéré pour sa nature, mais simplement comme un réceptacle, un produit, une coquille paramétrable (le cas échéant, connectée et donc vulnérable). En d’autres termes, ne transformerons-nous pas notre intégrité biologique en un produit technologique, dépendant d’une technologie et faillible ? Des problèmes de hacking de données confidentielles voire de prise de contrôle de la performance des éléments “implantés” dans l’organisme de l’être vivant posent également la question centrale de l’éthique.

La réflexion théologique à ce stade est déjà bien avancée. Pour les religions, le transhumanisme peut représenter une forme de négation de la Création, c’est à dire du caractère fini et imparfait de l’Homme. Le transhumanisme rejoindrait ici une forme d’eugénisme, une volonté de « jouer à Dieu » en somme.

La question centrale est de savoir si le transhumanisme peut être compatible avec l’humanisme dans les faits, c’est-à-dire avec une volonté de respecter l’Homme dans ce qu’il est, dans son intégrité.

Finalement, l’Homme n’a-t-il pas vocation à expérimenter la vie à partir des attributs originels que la nature lui a donnés ?