#USI2018 – Pourquoi la blockchain est appelée à révolutionner les transactions et les échanges dans les années à venir ? 

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USI 2018 – Pourquoi la blockchain est appelée à révolutionner les transactions et les échanges dans les années à venir ?

Lors de l’événement USI2018 qui s’est déroulé le 25 et 26 juin dernier à Paris, mydigitalweek a rencontré Primavera de Filippi, une jeune chercheuse au Cersa (CNRS), et au Berkman Center for Internet & Society à l’Université d’Harvard. Passionnée par les sujets autour de la blockchain, Primavera soulève les problématiques que font surgir les technologies sur le plan juridique.

MyDigitalWeek : tout le monde regarde, peu de gens comprennent vraiment, et personne ne sait encore quel est l’avenir de cette nouvelle manière d’authentifier et de sécuriser les transactions. Quelle est votre définition de la Blockchain ?

Primavera de Filippi : Ce qu’on appelle une blockchain, c’est une base de données qui, au lieu d’être stockée chez un intermédiaire central, est distribuée sur différents ordinateurs au travers d’un réseau ( peer-to-peer) – avec des techniques cryptographiques de certification et de non répudation

Les ordinateurs conservent une trace de toutes les transactions. Cela constitue une sorte de registre (indélébile et décentralisé), de tous les échanges effectués. In fine, la blockchain est une technologie de stockage et de transmission d’informations, transparente, sécurisée, qui fonctionne sans organe central de contrôle.

“Il s’agit d’une technologie de stockage et de transmission d’information, Cette technologie possède en particulier trois caractéristiques : elle est transparente, sécurisée et fonctionne sans organe central de contrôle”

MyDigitalWeek : Pourquoi est-ce une technologie disruptive ?

Primavera de Filippi :  La blockchain n’est pas juste une nouvelle technologie de plus. Elle va changer le paradigme de pensée, notamment par la suppression des intermédiaires alors que notre organisation sociale repose sur eux. La blockchain sert bien sûr à faire des transactions plus vite et à moindre coût, mais cela permet surtout de nouveaux usages et un changement dans les manières de penser.

 MyDigitalWeek :  La Blockchain est-elle synonyme de moteur de confiance ?  

 Primavera de Filippi : C’est plutôt un système trustless. Dans la communauté Blockchain, on a tendance à penser que les individus et les organisations ne sont pas dignes de confiance et que les transactions devraient être en conséquence gérées exclusivement par du code informatique.
Mais, quand la confiance dans la techno est rompue à cause de circonstances imprévues, comme une faille dans le code ou dans la conception, alors le système tout entier risque de se rompre. Seule l’intervention permet de restaurer les garanties originelles et la confiance. Le débat est de savoir si l’on peut modifier l’historique des transactions interroge la raison même d’être de ces systèmes.

MyDigitalWeek :  La blockchain n’a t- elle pas besoin avant tout de pédagogie et d’évangelisation plutôt que de gouvernance 

Primavera de Filippi :À l’instar d’Internet qui a mis une décennie à transformer les économies et la société, il faudra sans doute attendre plusieurs années avant de constater ses effets disrupteurs. Des freins subsistent en particulier dans le cadre juridique. A ce jour, aucune application s’appuyant sur la blockchain n’a révolutionné notre quotidien. Mais les idées et les expérimentations ne manquent pas.

MyDigitalWeek :  Quelle est la place de la France à ce niveau ?

Primavera de Filippi : La France n’est pas en retard au niveau technoogique. Mais comme ailleurs c’est le cadre juridique qu’il faut travailer. Qui décide des règles ? Qui surveillent leurs applications ? Malheureusement, ces questions primordiales sont peu abordées pour une raison simple : le développement de cette technologie est assuré par un petit groupe de développeurs. Il n’y a pas vraiment de représentativité des personnes qui vont utiliser ou qui vont être assujetties à cette technologie.

MyDigitalWeek :  Un message à faire passer ?

Primavera de Filippi : La blockchain a aujourd’hui besoin de se poser la question du maintien de son ordre social et moral. Comment encadrer les risques de voir cette technologie utilisée contre l’intérêt général ? Comment être certain que la blockchain respecte toutes les questions de vie privée et de confidentialité ? Il y a encore beaucoup de questions, allant de celle des intérêts de chacun et celle de la régulation. Le prochain défi est d’incorporer des mécanismes juridiques à l’intérieur de la technologie, afin de pouvoir la gérer.

Propos recueillis par Annie Lichtner 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

  

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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