OpenWorld 2019 : Oracle a de la suite dans les nuages

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Les temps forts d’OpenWorld 2019 à San Francisco

Par notre envoyé spécial Fabrice Frossard

L’édition 2019 d’Oracle OpenWorld qui s’est passée du 16 au 19 septembre 2019 à San Francisco, entérine la maturité et la cohérence d’une offre exhaustive, en refonte depuis une décennie et enrichie par l’intelligence artificielle. Mieux, après un faux départ, Oracle accélère dans le cloud et multi-cloud et propose sans doute avec CX Fusion la suite applicative en SaaS la plus exhaustive à ce jour. Compte rendu.

« Think Autonomous ». Le ton est donné. Howard Street pavoisée aux (nouvelles) couleurs d’Oracle affiche les baselines de l’éditeur sur tous les murs disponibles des trois bâtiments du gigantesque Moscone Center de San Francisco. Affluant de toutes les rues adjacenteset guidés par les ballons rouges siglés Oracle disséminés tout au long du parcours, les 60 000 visiteurs ont dès le lundi matin pris leurs quartiers pour trois jours dans les 84 000 m2 du centre de convention. Là, chacun tentait là de faire un choix pertinent parmi les 200 O sessions proposées et la vingtaine de keynotes dans l’immense amphithéâtre central. Entre deux sessions, le visiteur pouvait prendre un peu de temps pour demander une démonstration des applications Oracle et poser autant de questions que nécessaires pour approfondir tel ou tel aspect du logiciel, que ce soit la suite marketing (CX Unity), de ressources humaines,  chaîne logistique (HCM) et autre EPM, ou encore échanger sur les retours d’expériences et mises en œuvres présentées par des entreprises, que ce soit sur la blockchain appliquée à la logistique, la traçabilité des produits de bout en bout en retail, ou encore découvrir la fameuse Smart City en Lego (une version américaine de la ville exposée à Vivatech) pour démontrer l’usage de l’IoT et de l’IA.

Au-delà de cette profusion et densité, Oracle s’est bien donné pour objectif de démonter la complétude et la maturité de son offre tripartite  du back-office au front-office, le tout évidemment lié et irrigué par l’ADN de l’éditeur, les bases de données :

–       Infrastructure
–       Base de données
–       Suites applicatives et analytiques


Autonomous Cloud : le Cloud seconde génération, l’accélération sur l’infrastructure et l’IA

Pour convaincre tout un chacun, qui mieux que Larry Ellison pour réaliser les annonces majeures de 2019 ? Devant une salle comble chauffée par une bande-son mêlant Lenny Kravitz et Coldplay, le directeur technologique d’Oracle (c’est son titre) égrène les principales nouveautés. À commencer par l’apport et les bienfaits du machines learning appliqué à l’administration et à la maintenance. « En utilisant le machine learning, vous éliminez l’erreur humaine, mais c’est aussi le seul moyen de prévenir le vol de données. Règle N° 1 : en utilisant les bases de données autonomes, vous économisez des ressources humaines, les erreurs humaines et la perte de données, c’est la grande différence avec AWS », assène un Larry Ellison en grande forme toujours prompt à s’en prendre à Amazon en rappelant les 100 millions de personnes affectées par la fuite de données de la banque Capital One. AWS qui fera les frais de la comparaison tout au long des annonces de Larry Ellison. Que ce soit sur la fiabilité, la disponibilité (annoncée à 99 995 % par Oracle) en rappelant que les bases de données restent fonctionnelles même lors de dysfonctionnements serveurs ou logiciel, les coûts que ce soit en déploiement partagé ou privé et bien sûr plus sécurisé avec la « zone d’isolation sécurisée » de l’infrastructure, une zone étanche et invisible sur le réseau pour éviter les failles « zero day » et autres cyberattaques. Le nouveau centre de contrôle unifié Oracle Data Safe permet à l’utilisateur de surveiller et contrôler les éventuels problèmes de sécurité et masquer les bases de données du réseau.

Un Linux autonome maison et un accès gratuit à Autonomous Database

« L’autonomie est la technologie déterminante du cloud de deuxième génération », assène Larry Ellison.  Dans la foulée de l’Autonomous Database annoncée en 2018, cette fois c’est un Linux autonome maison, capable de se provisionner tout seul et d’effectuer des corrections en cours de fonctionnement qui est annoncé. Une manière de pourvoir au contrôle de bout en bout de l’infrastructure avec un système d’exploitation ad hoc et de garantir la promesse de l’automatisation et gestion des patches sans avoir à redémarrer les serveurs.

En guise d’exemple, Larry Ellison a rappelé avoir patché le cloud d’Oracle pour pallier la brèche Spectre et Meltdown sur les processeurs Intel avec 150 millions de rustines sur 1,5 millions de processeurs en 4 heures. « Personne n’est capable de faire cela ! », assène le CTO. Comme le rappelle le VP du développement, Wim Coekaerts, « En moyenne les entreprises font une mise à jour tous les 6 mois. En cas de vulnérabilité zero-day, il faut attendre la prochaine actualisation pour pallier la faille. Avec l’automatisation cela se fait automatiquement et sans interruption des serveurs. Si vous avez un site de e-commerce par exemple, l’avantage est évident. »

Petit aparté, le linux d’Oracle est 100 % compatible avec celui de Red Hat, mais aussi gratuit. Pourquoi payer…

Gratuit encore, Oracle propose un accès gratuit à Oracle Cloud comprenant un accès à Autonomous Database, 2 machines virtuelles, 100 Go de Stockage, et une gestion du load balancing et accès à une console d’administration. Cette offre est « pour tous », étudiants, développeurs, et entreprises.

Microsoft, VM Ware, des partenariats pour étendre la compatibilité

Seules les montagnes ne se rapprochent pas. Après une période de froid entre les deux entreprises, Oracle et Microsoft créent des connexions directes entre leurs clouds, OCI pour Oracle et Azure pour Microsoft, avec en plus la disponibilité de SQL Server sur OCI. Un partenariat gagnant/gagnant pour les deux parties et surtout pour les clients qui bénéficient à la fois d’un choix plus étendu, mais aussi une plus grande facilité à migrer vers le cloud. Dans le même ordre d’idée, un accord avec VM Ware permettra aux utilisateurs de migrer les workloads VMWare Vsphere vers OCI, tandis qu’Oracle fournit un support technique à ses logiciels fonctionnant en environnement VMWare.

Cette accélération à marche forcée se traduit aussi par une extension des zones couvertes par OCI. Aux 16 régions géographiques où OCI est déjà opérationnel, 20 nouvelles régions devraient être couvertes d’ici à la fin 2020. Une annonce qui a suscité les applaudissements de l’audience, mais aussi des sifflets admiratifs alors que Larry Ellison projetait une carte comparative des implantations cloud d’AWS et d’Oracle. « 2020 va être une année passionnante pour Oracle ! », conclut le CTO tout sourire.

Une suite applicative SaaS dopée à l’intelligence artificielle

« Nous avons la suite de solutions la plus complète en SaaS… », assène Steve Miranda, le vice-président en charge du développement des applications. De fait, ce troisième étage applicatif de la fusée Oracle, CX Fusion, semble couvrir l’essentiel des besoins business fondamentaux de l’entreprise : marketing, sales, services, finance, rh, logistique, industrie et field service. Surtout, comme le rappelle Steve Miranda le premier avantage concurrentiel de la suite CX réside dans l’absence de silos et un flux consolidé de données fédéré par les bases de données. Le discours est rôdé, en connectant back-office et front-office, la facilité d’intégration entre applications permet de se concentrer sur le client plutôt que dans la quête perpétuelle de la bonne information. Pour Rob Tarkoff, « Pour réellement transformer l’entreprise, le marketing ou les commerciaux doivent être connectés aux assets, aux collaborateurs et aux règles de l’entreprise.  Quoi de plus décevant qu’un technicien qui arrive chez vous après l’heure du rendez-vous et sans le bon matériel. » Promesse de la suite CX, ne plus être pris au piège de la donnée répartie dans autant de silos que de métiers, que ces données soient transactionnelles, business ou liées aux profils clients.

La data pour un marketing invisible et BtoMe

Du client, il en a beaucoup été question pour l’annonce de CX Unity, une plateforme consolidant toutes les données clients issus des diverses applications. « Toutes les entreprises ont le même problème, explique Emmanuel Obadia, vice-président marketing Oracle. Chaque service récupère des données sur le client, mais elles sont morcelées dans toute l’entreprise. Il faut la retrouver, la consolider. À cette donnée structurée, il faut rajouter les signaux extérieurs, le comportemental, plus les données issues des IoT, donc de la donnée non structurée. L’enjeu pour toutes les entreprises est de réunir la donnée, premier, second et third party, structurée à 360 dans l’entreprise et avoir un profil client alimenté et actualisé en temps réel sur lequel nous pouvons nous reposer pour améliorer l’expérience client. » Ce qui est bien le propos de CX Unity qui s’appuie aussi sur le rachat par Oracle de Data Fox, sorte de sociétés.com puissance 10 qui à ces 5 millions d’entreprises listées, rajoute et traite grâce à l’IA 5,6 millions de sites web par mois, 47 000 sources toutes les 30 minutes et 1 million de tweets par jour. Ajoutons pour les chiffres les 7,5 To de données collectées mensuellement pour enrichir les 5 milliards de profils de consommateurs disponibles.

De quoi élaborer des profils ultra personnalisés et précis, ce qui permet à Rob Tarkoff de parler de « marketing invisible », fondé sur les milliers de signaux laissés par le consommateur et susceptible de nourrir une conversation naturelle avec chacun.

À noter que le cloud CX comprend pléthore d’outils pour tisser un continuum d’actions entre marketing, commerce, sales et services. Les PME n’ont pas été oubliées avec l’intégration de l’ERP Netsuite sur OCI Gen2. Un levier pour entrer dans l’univers Oracle.

IA everywhere

Difficile d’être complet sans évoquer pour cette partie l’utilisation de l’IA et du machine learning. Indispensable pour traiter un tel volume d’informations, l’IA est présente dans tous les compartiments du jeu tant pour les recommandations par email, que l’aide à la vente ou le lead scoring et même pour l’optimisation des trajets en Field services entre dizaines d’autres usages.

L’irruption de l’intelligence artificielle est sans doute l’autre avancée majeure d’Oracle présentée lors d’Oracle OpenWorld. Présente au cœur d’Autonomous Database, son office est aussi requise dans chaque plateforme logicielle (cf capture ci-dessus) servant tantôt à des tâches prédictives pour l’EPM ou de la demande en chaîne logistique, mais aussi à accompagner chaque métier dans ses tâches au quotidien à l’instar dans la suite HCM (ressources humaines) à identifier le meilleur candidat, prédire l’attrition ou encore à la saisie des dépenses par chatbot dans l’ERP etc. « Chaque application Fusion se verra proposer un module d’IA entraîné et prépackagé, et ce afin de faire gagner du temps au client », précise Juergen Lindner, SVP marketing produit SaaS d’Oracle. S’il est là aussi parti avec un peu de retard sur les autres acteurs, l’éditeur s’appuie à la fois sur un conséquent jeu de données, dont celles de DataFox, pour entraîner son IA ainsi que des cas d’utilisation des clients. À noter une petite déception. Chacun croyait que Larry Ellison proposerait une petite conversation avec un chatbot maison. Il n’en fût rien. Du côté des démos, l’évolution du réseau social interne est assez remarquable avec l’utilisation là aussi de l’IA pour repérer les compétences et les groupes métiers affinitaires. De même, si un collaborateur a une question, l’IA identifie la personne la plus susceptible de répondre. Le tout avec une toute nouvelle interface développé par la marque, Redwood.

HR et ERP : nouvelles interfaces et développements

Du côté HR et ERP, peu d’annonces si ce n’est la réécriture de la plateforme de recrutement, avec une intégration poussée avec Linkedin et bien sûr la refonte de l’interface aux couleurs Redwood, tandis que l’ERP pour sa part se voit ajouté des modules pour des industries plus complexes que sont les médias, le process manufacturing et le secteur public. Pour les  télécoms. Dans ce cadre OBS (Orange Business Services) nous a livré un retour d’expérience sur une impressionnante refonte du suivi du portefeuille projet (PPM) du groupe destiné à 10 000 utilisateurs répartis dans 50 Pays. Un projet mené comprenant à la fois un PPM et ERP cloud initié dès 2016 pour le premier et 2017 pour le second. Un grand projet de transformation mené par OBS dont une des conclusions est « que la transformation prend du temps ». Surtout à cette échelle.

La donnée au cœur de la transformation, conclusion de l’OpenWorld ?

Au final, de ces trois jours, le sentiment général est bien celui d’un message sur la transformation. Cette fameuse transformation de l’entreprise toujours en cours. Pour Oracle, cette transformation passe, chacun l’aura compris, par une unification des données, un préalable indispensable au décloisonnement des silos, mais aussi par une migration massive vers le cloud, une vaste tâche pour certains logiciels à l’instar des ERP où 90 % d’entre eux sont encore mis en œuvre « on premise » comme nous le confiait Karine Picard, VP EMEA application strategy & sales.
Mais force est de reconnaître la force de Larry Ellison et des membres d’Oracle pour nous convaincre des bienfaits de cette migration. Tous les outils et discours allaient en ce sens d’une migration simplifiée vers un cloud pour réduire les coûts et gagner en efficience. Cette baisse du TCO est bien sûr obtenue par une automatisation la plus étendue possible des tâches de configuration et de maintenance, mais aussi par une efficience accrue du traitement de la donnée, avec de l’IA, pour fournir la meilleure expérience client possible. Laquelle commence par celle fournie par Oracle lui-même en pleine transformation et utilisateur de ses propres outils. Practise what you preach en quelque sorte. Mais laissons la conclusion à Karine Picard.